« Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est ni tout noir ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil… T’es une âme grise, joliment grise, comme nous tous… »1 Nous sommes en hiver 1917, et dans un petit village distant de V. d’une vingtaine de kilomètres, au début de l’Affaire, des hommes tentent comme ils le peuvent de vivre, malgré le froid et malgré cette guerre qui n’en finit pas, malgré son lot de morts, de blessées, de tragédies, de douleurs et de peines…

A travers ses souvenirs, un homme qui, au milieu de cette cohue, a tenté tant bien que mal de faire son métier – en plus de celui d’homme qui n’était déjà pas facile – un héros qui n’en est pas vraiment un,  nous fait partager ses angoisses et ses remords, ses doutes et ses peurs, pourtant si communs, mais qui ici, à la lumière de l’Histoire, semblent revêtir l’allure d’une véritable tragédie, illustrant l’horreur tant de la guerre que de ce qui pouvait, en ce temps, se passer à quelques kilomètres du front…

Passant sans transition du présent au passé, traversant les âges avec une aisance peu commune, Philippe Claudel nous fait découvrir un personnage rongé par ses souvenirs – qu’il nous arrive de surprendre en pleine réflexion sur son histoire et sur lui-même – et qui semble ainsi faire de nous, à son insu, les gardiens d’un lourd secret, les gardiens de ses mémoires…

1 Philippe Claudel, Les Âmes grise

Mots-clés : Les Âmes grises, Philippe Claudel.